2 avril 2011

Paris capitale du XIXe siècle

Un petit film de Benjamin Bardou — qu'il nous a envoyé et que nous avons beaucoup aimé. Évocation cinéma de l'essai de Walter Benjamin sur Paris et ses passages.

Quelque chose comme le Berlin – Die Sinfonie der Großstadt de Walter Ruttmann, mais en version parisienne. Le Paris du XIXe siècle, filmé depuis celui de 2010. Quelque chose d'une exploration de la matière de la vieille ville et de celle du média — l'œuvre à l'heure de sa production technologique. Rétro-rétrofuturisme, évocation des ruines d'un vieux rêve. Fantasmagorie.

Walter Benjamin après Adorno & Horkheimer ? La piste a déjà été évoquée, oui.

18 mars 2011

H55 et demandez votre reste

H55 - Salon du livre 2011Ollendorff & Desseins s'affiche au Salon du livre à Paris. C'est une première, que l'on doit au soutien de la région Île de France à la traduction du livre de D. F. Wallace Tout et plus encore, une histoire de ∞. Grâce lui soit rendue (à la traduction comme à la région, du reste).

On en profite toutefois pour faire l'article de toute la production maison, à commencer par les cinq titres de la collection Le sens figuré (voir marge droite ci-contre) et en poursuivant par le Berlin Sampler de Théo Lessour.

Les éditeurs, dépêchés pour l'occasion de l'inauguration, n'ont pas manqué d'observer de loin et incognito le comportement des passants à la vue de l'étal. Leurs observations font état d'un engouement sincère pour les volumes y exposés. Leur banquier espère que cet engouement saura se matérialiser par un passage à l'acte (d'achat). Pour vénal et prosaïque qu'apparaisse ce banquier (il l'est), on ne peut tout à fait lui donner tort.

Stand H55 donc, celui de la région IdF. Il est grand, vous ne pouvez pas le manquer.

Salon du livre, Paris, mars 2011 Salon du livre, Paris, mars 2011 Salon du livre, Paris, mars 2011

14 février 2011

Tout et plus encore (encore)

Tout et plus encore a maintenant son site web.

tepe.ollendorff-et-desseins.com

Prenez le temps de lire la merveilleuse lettre ouverte à David Foster Wallace par notre traducteur.

Le texte de la 4e de couv :

Dans Tout et plus encore, David Foster Wallace, en se confrontant à l'histoire de la notion d'infini, organise pour le non-spécialiste une plongée en apnée au cœur de l'abstraction mathématique. C'est un compte rendu iconoclaste mais rigoureux d'une œuvre humaine majeure construite bout à bout sur 2500 ans d'histoire, où l'on croisera, en plus du génie Cantor, des seconds rôles aussi notables que Zénon, Platon, Russell, Aristote, Gödel… et quelques paradoxes insolubles qui rendent l'édifice de la pensée rationnelle beaucoup plus fragile qu'il n'y paraît.

Travail de vulgarisation scientifique, Tout et plus encore est aussi et surtout l'œuvre littéraire d'un auteur décisif qui sait s'approprier et nous présenter bon nombre des enjeux tant métaphysiques que — osons le mot — poétiques des aventures de l'abstraction.

8 février 2011

Tout et plus encore

En attendant le site web dédié et l'annonce officielle de sortie qui ne sauraient tarder, voici les premières images papparazzées du nouvel Ollendorff & Desseins qui sort Hors Collection d'ici une quinzaine de jours. Tout et plus encore est la traduction en français de Everything and more, un essai de l'auteur américain David Foster Wallace sur la notion d'infini. 

Nous y revenons très très très bientôt

David Foster Wallace, Tout et plus encoreDavid Foster Wallace, Tout et plus encore David Foster Wallace, Tout et plus encoreDavid Foster Wallace, Tout et plus encore

Mise à jour (11 fév. 2011) — le site web dédié est désormais disponible :
tepe.ollendorff-et-desseins.com

4 février 2011

Des nouvelles de Yannis

Blessé à Ctésiphon (banlieue de Bagdad) par l'armée des Perses, l'empereur Julien (photo) discute philosophie avec ses proches pendant que sa vie s'écoule… Le dernier des rois païens pratiquait un antichristianisme zélé (il avait fait fermer les églises de sa capitale Antioche (Antakya, Turquie) et interdit aux chrétiens l'enseignement — leçon que les Italiens n'ont finalement pas retenue) et une défense active des dieux fanés de l'antiquité. D'après son contemporain Ammien Marcellin, on le surnommait même « Julien la hache » à cause de son penchant pour les sacrifices les plus énormes et les plus délirants. Il aurait même voulu reconstruire le temple de Jerusalem. Tout sauf le Dieu chrétien ! Son « fanatisme » païen était justifié par une énorme angoisse du vide. Le culte chrétien en plus d'être — argumentation qui a du mal à porter 1700 ans plus tard — celui des faibles et des pauvres, contient — argument qui nous parle déjà plus —- un danger horrible, celui de l'abstraction. De dieux bien matériels et bien en chair, on passe à l'idée de Dieu. Cette distanciation pourrait bien s'interpréter comme un culte du néant, un nihilisme abstrait qui vient remplacer la beauté des anciens pactes avec les forces de la nature. (De manière assez significative, la Dialectique de la Raison d'Adorno et Horkheimer — à laquelle nous avons consacré un livre — tient un discours similaire sur la Raison des Lumières.)

Le petit pamphlet Défense du paganisme écrit au IVe siècle, et traduit par le marquis d'Argens au XVIIIe, a été repris, annoté et augmenté par Yannis Constantinidès, notre auteur national, qu'on reconnaît bien là dans son travail de questionnement de la spiritualité européenne (qui en a bien besoin).

Marcellin d'ailleurs (j'ai fait mes devoirs) disait de lui (Julien, pas Yannis) : « l'expérience lui a appris qu'aucune bête sauvage n'est aussi dangereuse pour l'homme que les chrétiens le sont les uns envers les autres ». Voir son Histoire de Rome, traduction de chez Firmin-Didot de 1860, chez Wikisource.

Défense du paganisme est sorti en poche chez les Mille et une nuits.

La méthode Ollendorff & le docteur Moreau

Notre estimé ancêtre, Heinrich Gottfried Ollendorff, auteur réputé de plusieurs méthodes de langues modernes au début du 19e siècle, a été moqué par Wells lui-même dans L'Île du docteur Moreau. Que j'ai pourtant lu, mais en français et il y a bien bien longtemps, à une époque où Ronald Reagan était encore président.

Cette citation prise hors de tout contexte est si belle qu'elle pourrait devenir le motto de notre glorieuse maison, au moins sa future branche « Surréalisme et barbarie ».

“Yesterday he bled and wept,” said the Satyr. “You never bleed nor weep. The Master does not bleed or weep.” “Ollendorffian beggar!” said Montgomery, “you'll bleed and weep if you don't look out!”
source : wikipedia

PS : renseignement pris, la traduction libre de droit inclut bien la mention à la méthode Ollendorff.

— Hier, il saignait et il pleurait, dit le Satyre. Vous ne saignez pas et vous ne pleurez pas. Le Maître ne saigne pas et il ne pleure pas.
— La méthode Ollendorff, par cœur, railla Montgomery. Vous saignerez et vous pleurerez si vous n’êtes pas sur vos gardes.

20 décembre 2010

Philo-esquisses en Corée

Spinoza par les bêtes coréennes
L'humanisme coréen de Michel Foucault

Il était bien entendu difficile de conserver la polysémie de « sens figuré » en coréen.

Open Books a donc choisi de le rendre par :

철학 스케치

qui peut être traduit par « esquisses philosophiques » ou même « philo-esquisses ». Pas mal, non ?

Les livres arrivent là-bas chez les libraires à un prix de 12 000 won (8 euros !), un prix dont nous n'aurions osé rêver.

Nous sommes excités comme des puces.
First we take Seoul, and then we take Berlin…

♦ Non, le salaire moyen en Corée (du Sud) est d'environ 3,8 M de won (env. 2500 €), donc ce n'est pas le problème.

 

12 décembre 2010

La dialectique négative peut-elle casser du flic ?

Shocking en Angleterre quand la jeunesse rasée de près par son gouvernement s'en prend à la voiture royale, symbole de l'unité nationale. Quelque chose de cassé donc, mais rien de bien grave, l'Angleterre éternelle continuera d'être l'Angleterre éternelle.  Adorno qui aurait probablement condamné ce mouvement étudiant pour son réformisme (et donc sa non-volonté manifeste de véritablement instituer une société libertaire et sociale) aurait-il apprécié que les gens de l'avant du cortège se protègent des coups à coup de Dialectique négative

Nous ne savons pas si l'ogre capitaliste a tremblé sur ses pieds d'argile ni si le CRS british a été terrorisé par ce bouclier ritualisé, mais nous n'en éprouvons pas moins le plaisir de voir qu'ailleurs aussi  sans Adorno les choses seraient plus difficiles. 

7 décembre 2010

Comment produit-on un livre du Sens figuré ?

À tout seigneur tout honneur. Une vue du site du boulevard de la Lorette où sont produits tous nos livres :

L'usine

Examinons maintenant un peu plus en détail quelques-unes des étapes importantes d'un Sens figuré.

Test de Face Value 1. D'abord choisir le sujet. Dans notre environnement si concurrentiel, ce genre de décisions ne se prend pas à la légère. Aussi Grégoire Desseins et Guillaume Ollendorff (photo) s'aident-ils des outils d'aide à la décision les plus performants du marché.

Auteurs passant un test de fiabilité 2. Puis sélectionner un auteur. Triés sur le volet, les meilleurs philosophes du monde libre sont amenés à plancher sur un test de connaissances et de fiabilité éditoriale qui ne laissera que très peu d'élus.

Phylum 3. Les examens individuels des heureux sélectionnés. Chez Ollendorff & Desseins, rien n'est jamais laissé au hasard (sinon le hasard). On voit ici Jérôme Rosanvallon interrogé sur le Phylum machinique chez Deleuze & Guattari. Saura-t-il répondre dans l'étant ?

Trois-huit pour les dessinateurs 4. Déployer nos dessinateurs-philosophes. Ici, les équipes du professeur MacDonald fignolent la dernière touche d'une illustration du Nietzsche l'Éveillé (ca. début 2009).

Extrême précision Spinoza par les bêtes, par exemple, a exigé une extrême précision dans les volutes tramées. Le port du casque est évidemment une nécessité.

William Hessel 5. Une fois écrit et dessiné, le livre est relu et mis en page. Ici, le responsable de notre division publishing, William Hessel, forge un demi-cadratin.

 

8 juin 2010

Simple comme une évidence

L'autre jour, je suis resté pensif en lisant ceci, sur des pages d'introduction — rédigées à l'attention des « novices », moi en l'occurrence — à un site Web actuellement plutôt populaire :

Les Âges de l'ouvrier, triptyque 1895-1897, Musée d'Orsay à Paris Sur Facebook, vos « amis » sont les connaissances, les amis et les membres de votre famille avec qui vous communiquez déjà dans la vie. Vous pouvez utiliser les outils de cette page pour rechercher plus d'amis.
[…]
Sans amis, Facebook peut sembler un peu vide.

Compte tenu de la qualité générale de la version en français de Facebook, il faudrait sans doute aller voir ce qu'il en est dans la version en anglais. Mais négligeons cet aspect pour le moment, pour savourer ce monument d'imbécilité, heureuse évidemment. Monument de jobardise, mais cela rendrait la chose presque sympathique. Certes les dites pages ne seront jamais lues que par des emmerdeurs de mon espèce, mais (a) pourquoi alors prendre la peine de les rédiger ? et (b) pourquoi y consigner de pareilles fadaises ?

Je crois que cela tient, en grande partie tout du moins, à un aspect particulièrement intéressant de ce qu'est cette application, à savoir qu'elle ne sait pas elle-même quelle est sa finalité — ni pourquoi elle suscite un tel engouement. Sauf erreur de ma part, c'est un peu la première fois que nous découvrons, à cette échelle du moins (que de précautions oratoires), une application — un outil pour parler comme Heidegger — aussi dépourvue de raison d'être et qui ne recherche même pas à s'en doter. L'utilité n'est plus ni supposée ni posée ni composée. Il y a du Facebook. Il ne s'agit aucunement d'une transparence qui ferait disparaître l'outil derrière sa fonction : sa matérialité est revendiquée (le « mur ») ou espérée (l'« apéro ») ; ni d'un enchantement qui transporterait tous ces « amis » dans un univers féerique ou rêvé ou phantasmé — non : il y a du Facebook.

Dans la petite citation ci-dessus, le mot le plus important est déjà : il n'y a pas à chercher de justification à Facebook, car il est déjà là. De tout temps, et pour les siècles des siècles. Et il y a des amis, il y a de la famille, il y a des connaissances, parce qu'il y a du Facebook. Facebook, c'est ce liant qui explique qu'il y a des amis, des connaissances, des membres d'une famille. Quelque chose d'impalpable mais d'indispensable, qui permet de penser (de sentir, de désirer, peu importe) des amis, des connaissances, etc. Autant se l'avouer : Facebook est un langage — le langage, peut-être. D'où son inévitée tautologie (« déjà », « vos amis sont vos amis », « vos amis sont déjà vos amis » ou bien « vous avez déjà des amis », « vous êtes déjà un ami »…) : puisque vous communiquez déjà avec vos amis, familiers, connaissances, c'est que vous facebook.

Évidemment que Facebook ne vise rien : il est ce qui permet de viser (« Je t'ai manqué… — Pourquoi ? Tu me visais ? »). En cela, quelle prodigieuse réussite ! Qui pulvérise même toutes les sottises de son concepteur, lequel croit peut-être encore développer une application logicielle quelconque à but lucratif. Mais croit-il vraiment cela, Zuckerberg ? Peut-être pas. Sa croyance relève plutôt de la prêtrise, je dirais. Une évidence armée. Mais peu importe Zuckerberg.

— Alors, quel lien vers ou depuis Le sens figuré ?
— C'est qu'en Facebook travaille le Concept. Ça n'est peut-être pas tout de suite évident, mais je vous le dis, en Facebook j'entends le Concept qui ronge l'Être. Et je me sens très en retard.
— Si j'étais vraiment sain d'esprit, j'irais poker Hegel. Une dernière fois avant qu'il ne me désinvite. Avant de me retrouver dans l'un peu vide.

♦ La reproduction du panneau central de L'Âge de l'ouvrier de Léon Frédéric me vient généreusement de ce site. Loués soient les moteurs de recherche. (Si j'ai choisi cette illustration, c'est parce que Léon est un « ami ».)

♦ A déjà vu is usually a glitch in the Matrix. It happens when they change something.

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