La matrice

Petite interview de William, notre « Maquettiste », mais il n'aime pas du tout ce mot. “Graphic Designer” alors ? Mais c'est en anglais. Notre graphiste ? La question reste ouverte.

William a pris en main la collection dès le début, a « designé » ses pages, ses intertitres, ses titres, trouvé la typo, le système d'organisation général… Voyez ci-dessus une des pages de la « matrice », son joli faux texte en latin, en illustration.

Puis il a assuré le boulot « d'exécution » qui est, dans le cas du Sens figuré, extrêmement complexe. Placer les images au fur et à mesure du texte (celles-ci sont déjà, dans notre jargon, ancrées par l'auteur et le dessinateur lors d'un concile qui se tient souvent par email). Trouver des petits systèmes, des petites machines qui fassent système : la double page est elle un seul monde ? les deux mondes textes/dessins vont-ils se rentrer dedans, se confronter ? quand cela doit-il être ? faut-il/peut-on réutiliser certains éléments, jouer de la répétition ? qu'est-ce qui fait sens et qu'est-ce qui fait décor ? quand faut-il faire décor, quand faut-il faire sens ? Les zooms de fin de chapitre, sur un détail d'un dessin montré précédemment, sont par exemple de la décoration et de la répétition, mais ils donnent une grande force, une cohérence à l'ensemble.

L'équilibre texte/dessin est difficile à trouver. Les significations voulues par auteurs/dessinateurs peuvent être sublimées, d'autres peuvent être suggérées, parfois on peut aussi perdre en chemin un effet recherché. Nous reviendrons sur l'anecdote de l'éternité chez Spinoza plus tard. Quand les passions seront apaisées ! Ah oui, ça peut parfois générer de la tension de faire un bouquin ! C'est sûr. C'est peut-être aussi de là que vient l'alchimie.

La parole à Will donc :

1/ William, raconte-nous ton parcours comme graphic designer.
J'ai étudié aux arts déco à Paris et j'ai passé un an à St Martins School à Londres.
Mon travail est d'inventer des objets ou des systèmes visuels. Je travaille en collaboration avec d'autres pour élaborer une forme qui me semble appropriée. Parfois l'échange est fructueux entre le projet en devenir et la forme qu'il est en train de prendre, parfois moins…

2/ Quels sont les principes qui ont dirigé ton travail sur Le sens figuré ?
Cette méthode de travail a été particulièrement vraie pour Le sens figuré. C'est une question d'agencement d'univers : la forme écrite, la forme dessinée, la forme livre. Tout mon travail a été d'assembler cela en imaginant des systèmes souples pour que cela fonctionne sur plusieurs livres, quels que soient les thèmes, les types de dessins, d'écritures ou de classement.

3/ Jusqu'à quel point faut-il lire un livre pour le maquetter ?
Je dirais que, plus que le lire dans le détail (ce qui n'est pas très aisé lorsque l'on a les documents Word à l'écran ou les impression de ces mêmes documents sur des A4), ce qui est important, à mes yeux, c'est de comprendre la structure générale du livre, le fil de la pensée des auteurs, la manière qu'ils ont eu de collaborer entre eux, la place de chacun d'eux face au texte, face à l'image. Après c'est une question de rythme général dans le livre, de jeux d'échelles, d'imbrications et de confort — ou d'inconfort ! — de lecture.

4/ Sur quels écueils es-tu tombé en concevant le graphisme de la collection ?
Le principal défi de cette collection en ce qui me concerne a été d'emblée la variété des éléments à assembler : textes, encadrés, chapitrage, dessins de différents types, de différentes importances, parfois aussi de qualité variable suivants les affinités du dessinateur avec les thèmes abordés. Le gros problème a été de rendre tout cela homogène au sein de « l'objet livre » sans en perdre les aspérités et les questionnements inhérents aux deux écritures croisées.
Le second défi a été d'imaginer cette collection dans son ensemble, dans la durée et à un niveau macroscopique. Les prochains livres se chargeront, je l'espère, de peaufiner et de remettre en question le travail réalisé sur ces deux premiers ouvrages.

William habite ici : www.williamhessel.com.