TranshumanismeHegel a défintivement un charme romantique un peu kitsch, ses écrits ont clairement le goût des mœurs d'antan et surtout le fumet d'une pensée triomphante qui ne connaît pas encore le doute, le soupçon systémique du vingtième siècle.

Son truc de l'esprit absolu qui à la fin va gagner la bataille contre les forces obscures du monde, toutes considérées comme de regrettables mais inévitables archaïsmes, vu de 2011, ça n'est pas du plus heureux effet, ne le nions pas…
Le gars ne doute d'absolument rien, c'est sûr…

Les Larmes de Hegel nous aide pourtant à réaliser comme le philosophe peut encore nous servir. Comme finalement, la pensée est toujours bien plus importante que l'opinion. Pas besoin donc de vous mettre les mains dans le dos devant votre professeur et d'essayer de répondre à la question à mille francs : « y a-t-il un Progrès de l'Histoire, et donc une Fin de l'Histoire ? un moment où l'homme va se débarrasser de ses contraintes physiques, où l'homme va devenir absolu ou divin ? » Demandez-vous plutôt, votre exemplaire des Larmes en main : « comment chaque époque a-t-elle pensé SA fin de l'histoire ? » À quoi ressemble par exemple, l'esprit absolu version XXIe siècle ?

Eric Schmidt de Google, la bande californienne des transhumanistes qui veulent inventer l'humanité augmentée 2.0, ne doutent, eux non plus, de pas grand chose… Ici, l'esprit absolu n'est plus qu'un simple saut technologique. La divinité future de la race humaine planifiée par la loi de Moore*. Entièrement contenue dans la silicone et les infra-mondes nano…

Grâce à Google et Facebook, connaîtrons-nous bientôt l'immense félicité de l'upload de notre personnalité sur des bases de données cloud-computing sponsorisées par Coca-Unilever où nous pourrons nous éclater pour l'éternité dans une version socialement stratifiée d'un Second Life redux, où tout (tout !) sera possible dans les limites tracées par nos bienheureux sponsors ?

Voilà à quoi j'ai pu penser en lisant Les Larmes de Hegel et en laissant mon esprit dériver (un peu)…

Les illustrations de ce livre ont une importance particulière : elles remettent la civilisation quasi-divinisée en perspective avec ce qui l'entoure, le chaos du monde… Elles font danser Hegel… Les Larmes de HegelJe veux dire : elles réinjectent l'aridité du philosophe dans le touffu du réel. Un touffu bien onirique et comique, ce qui ne gâche rien. Elles sont belles mais ne caressent pas exactement dans le sens du poil. Découvrir un philosophe pour briller en société, c'est déjà bien. Mais, avec ce qui accroche et ce qui glisse chez lui, questionner les modèles de pensée qui nous gouvernent, les remettre en question en osant quelques bon vieux anachronismes, c'est mieux. Relire le présent avec des idées fortes.

Moi j'aimerais bien que Le sens figuré serve à ça. Je ne suis pas sûr d'aimer la liberté telle que la pense Hegel, mais je suis sûr que la clef de beaucoup de choses dépend d'elle, la liberté.

Les Larmes de Hegel d'Olivia Bianchi et Édouard Baribeaud sera en librairie mi-octobre.
D'ici là, nous vous le proposons en précommande sur le site. Ici, colonne de droite.

* Loi de Moore : conjecture selon laquelle les puces informatiques voient le nombre de leurs transitors doubler tous les deux ans environ (à surface et rentabilité commerciale comparables, évidemment)