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Chaosphonies est sorti le 18 janvier. C'est le nouveau livre de Théo Lessour, 6 ans après son Berlin Sampler. On peut l'acheter dans toutes les bonnes librairies ou chez nous en suivant ce lien. On peut aussi en lire l'introduction ici.

Nous avons demandé à Théo de nous écrire quelques mots pour présenter ce projet. Les voici.

Le mélomane est comme le dragon sur son tas d'or. Il le recompte pour l'éternité et rêvasse aux généalogies, aux familles, aux vieilles et aux nouvelles querelles.

Je me suis un jour demandé comment formuler le lien invisible qui reliait les musiques que j'aimais ? Y-en avait-il vraiment un ? Le boucan d'un Sunn O))) me donnait l'impression de porter la même flamme que les riddims du jamaïcain Lee Perry qui elles-mêmes ne me semblaient pas totalement étrangères aux manipulations du Velvet Underground, de Can, de Coil, du musicien concret Luc Ferrari, de certains Tom Waits et Merzbow et tous ces trucs industriels, rock psychédélique, post-punk, et même de certaines oeuvres techno un peu tordues. J'y retrouvais la même chose, ou si l'on préfère je les aimais pour la même raison encore informulée. Etait-ce la manipulation du Son qui leur tenait lieu de point commun ? Leur manière de se distancer de la pop musique la plus mélodique ? Ou l'indépendance en tant qu'artistes de leurs auteurs, leur refus plus ou moins clair de l'académisme ou même des modes ? Non, rien de tout cela n'était très probant, il y avait autre chose, autre chose de plus excitant… J'ai fini par avoir cette illumination dont je ne savais pas encore si elle faisait vraiment sens ou non : tous ces artistes cherchaient à leur manière à se confronter au chaos. Ma discothèque était pleine à ras bord de ce qu'on pourrait alors appeler des chaosphonies.

Et j'ai ensuite réalisé que de vieux ancêtres comme Louis Armstrong ou Billie Holiday avaient en leur temps porté exactement la même flamme. D'autres noms me sont venus, une véritable avalanche. Et j'ai fini par décider de formuler un peu rapidement une sorte d'axiome : ce désir de chaos est peut-être bien le principal moteur de transformation de la pratique musicale occidentale du vingtième siècle ou pour le dire autrement, l'absolu poétique numéro un des musiciens (du moins des bons).

J'ai alors commencé à réfléchir aux implications et aux enjeux esthétiques de cette manière de penser les choses, j'ai commencé à réfléchir un peu au pourquoi et au comment de ce phénomène de chaosphonies : de quelles tactiques usent les musiciens pour approcher le chaos ? Et pour quelles fins ?

Voici le résultat de mes travaux. Il ne contient ni physique des attracteurs étranges ni mathématiques de la fameuse théorie du chaos. Ce n'est pas non plus un livre de musicologie, ni tout à fait un livre d'histoire de la musique, ni vraiment un livre de théorie de la noise.

Mais plutôt une méditation musicale sur… Non, pas de spoilers.

Le véritable sens de cette poursuite du chaos n'est bien entendu révélé qu'à la fin.

chaosphonies.ollendorff-et-desseins.com