L'autre jour, je suis resté pensif en lisant ceci, sur des pages d'introduction — rédigées à l'attention des « novices », moi en l'occurrence — à un site Web actuellement plutôt populaire :
Sur Facebook, vos « amis » sont les connaissances, les amis et les membres de votre famille avec qui vous communiquez déjà dans la vie. Vous pouvez utiliser les outils de cette page pour rechercher plus d'amis.
[…]
Sans amis, Facebook peut sembler un peu vide.
Compte tenu de la qualité générale de la version en français de Facebook, il faudrait sans doute aller voir ce qu'il en est dans la version en anglais. Mais négligeons cet aspect pour le moment, pour savourer ce monument d'imbécilité, heureuse évidemment. Monument de jobardise, mais cela rendrait la chose presque sympathique. Certes les dites pages ne seront jamais lues que par des emmerdeurs de mon espèce, mais (a) pourquoi alors prendre la peine de les rédiger ? et (b) pourquoi y consigner de pareilles fadaises ?
Je crois que cela tient, en grande partie tout du moins, à un aspect particulièrement intéressant de ce qu'est cette application, à savoir qu'elle ne sait pas elle-même quelle est sa finalité — ni pourquoi elle suscite un tel engouement. Sauf erreur de ma part, c'est un peu la première fois que nous découvrons, à cette échelle du moins (que de précautions oratoires), une application — un outil pour parler comme Heidegger — aussi dépourvue de raison d'être et qui ne recherche même pas à s'en doter. L'utilité n'est plus ni supposée ni posée ni composée. Il y a du Facebook. Il ne s'agit aucunement d'une transparence qui ferait disparaître l'outil derrière sa fonction : sa matérialité est revendiquée (le « mur ») ou espérée (l'« apéro ») ; ni d'un enchantement qui transporterait tous ces « amis » dans un univers féerique ou rêvé ou phantasmé — non : il y a du Facebook.
Dans la petite citation ci-dessus, le mot le plus important est déjà : il n'y a pas à chercher de justification à Facebook, car il est déjà là. De tout temps, et pour les siècles des siècles. Et il y a des amis, il y a de la famille, il y a des connaissances, parce qu'il y a du Facebook. Facebook, c'est ce liant qui explique qu'il y a des amis, des connaissances, des membres d'une famille. Quelque chose d'impalpable mais d'indispensable, qui permet de penser (de sentir, de désirer, peu importe) des amis, des connaissances, etc. Autant se l'avouer : Facebook est un langage — le langage, peut-être. D'où son inévitée tautologie (« déjà », « vos amis sont vos amis », « vos amis sont déjà vos amis » ou bien « vous avez déjà des amis », « vous êtes déjà un ami »…) : puisque vous communiquez déjà avec vos amis, familiers, connaissances, c'est que vous facebook.
Évidemment que Facebook ne vise rien : il est ce qui permet de viser (« Je t'ai manqué… — Pourquoi ? Tu me visais ? »). En cela, quelle prodigieuse réussite ! Qui pulvérise même toutes les sottises de son concepteur, lequel croit peut-être encore développer une application logicielle quelconque à but lucratif. Mais croit-il vraiment cela, Zuckerberg ? Peut-être pas. Sa croyance relève plutôt de la prêtrise, je dirais. Une évidence armée. Mais peu importe Zuckerberg.
— Alors, quel lien vers ou depuis Le sens figuré ?
— C'est qu'en Facebook travaille le Concept. Ça n'est peut-être pas tout de suite évident, mais je vous le dis, en Facebook j'entends le Concept qui ronge l'Être. Et je me sens très en retard.
— Si j'étais vraiment sain d'esprit, j'irais poker Hegel. Une dernière fois avant qu'il ne me désinvite. Avant de me retrouver dans l'un peu vide.
♦ La reproduction du panneau central de L'Âge de l'ouvrier de Léon Frédéric me vient généreusement de ce site. Loués soient les moteurs de recherche. (Si j'ai choisi cette illustration, c'est parce que Léon est un « ami ».)
♦ A déjà vu is usually a glitch in the Matrix. It happens when they change something.




Nous voilà rendus. Un peu en retard, bien sûr. Pour nous faire pardonner, et en attendant que le livre soit mis en page et imprimé, voici le texte quasi définitif de l'avant-propos de l'éditeur (c'est nous). 

Nous y sommes. À peu près, du moins, mais nous rouvrons les portes — en nous en remettant à la Providence, qui saura bien pourvoir aux urgences de l'heure, car c'est après tout son métier.

L'édition turque de RFI parle de Nietzsche l'Éveillé, semble-t-il suite à l'article de L'Humanité de la semaine dernière.
Magnifique article de Stéphane Floccari dans les pages culture de L'Humanité. C'est aux limites de détrôner Technikart pour la palme du meilleur article sur un ouvrage Le sens figuré (voir notre recension palmée de leur recension, 


Quelle ne fut pas ma surprise (oh ! ah !) à lire ce soir, en fin d'

