9 mai 2016

Spinoza por las bestias

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Spinoza por las bestias

Après le succès manifeste de sa sortie coréenne (voir ici), Spinoza par les bêtes poursuit son tour du monde et vient égayer les étals des libraires… argentins !

On nous mande en effet de Buenos Aires la publication de Spinoza por las bestias, la version en espagnol (castellano) de Spinoza par les bêtes, aux éditions Cactus.

Ariel Suhamy / Alia Daval
Spinoza por las bestias
Traducción de Sebastián Puente
Ciudad Autónoma de Buenos Aires, 2016, Editorial Cactus, Serie Occursus

Page de présentation par l'éditeur

Nous n'osons pas écrire que les Pumas vont se délecter.

★ Mise à jour 12 mai 2016 — Pour les hispanophones d'Europe, le livre est disponible entre autres à la librairie internationale Pasajes à Madrid ou sur la librairie en ligne Picasso.

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Spinoza por las bestias

15 avril 2016

Note de service relative à la mobilité du sens figuré

Le Sens figuré, version mobile

Le Désert des Tartares (ou peut-être le Rivage des Syrtes, je n'ai jamais très bien su ce qui expliquait les deux livres) avait été réinterprété en son temps par Jacques Brel dans une chanson qui le tirait, si je me souviens bien, plutôt vers le Don Quichotte. Mais qui préservait malgré tout cette mélancolie fin de siècle qui fait tout le charme de ce(s) roman(s).

Et qui imprègne quelque peu depuis plusieurs mois le site du Sens figuré.

Le Sens figuré, version mobile

Car nous aussi, nous attendons Godot.

Godot. Avec un G comme Guattari et un D comme Deleuze. Et un T comme tome et deux O, car il s'agit du tome 2.

En attendant ledit Godot, le site s'est quelque peu modernisé pour faire droit aux appareils mobiles. (L'ennemi sera fortement mobile, n'en doutons pas. Hors de question de nous enterrer.)

Ironie de la chose, le présent blog n'est pour le moment pas concerné et reste furieusement mobile unfriendly. Nous y travaillons.

Il n'y a rien de particulier à faire. Les mobiles sont redirigés vers la version mobile du site sans coup férir. Cette version est ici : m.lesensfigure.fr.

(Nous ne garantissons en rien le bon affichage du site sur les appareils de la marque Apple™© pour cette bonne raison que nous n'en utilisons pas. Que leurs usagers nous fassent part de leurs déboires si tel devait être le cas.)

19 janvier 2016

Chaosphonies par Théo Lessour

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Chaosphonies est sorti le 18 janvier. C'est le nouveau livre de Théo Lessour, 6 ans après son Berlin Sampler. On peut l'acheter dans toutes les bonnes librairies ou chez nous en suivant ce lien. On peut aussi en lire l'introduction ici.

Nous avons demandé à Théo de nous écrire quelques mots pour présenter ce projet. Les voici.

Le mélomane est comme le dragon sur son tas d'or. Il le recompte pour l'éternité et rêvasse aux généalogies, aux familles, aux vieilles et aux nouvelles querelles.

Je me suis un jour demandé comment formuler le lien invisible qui reliait les musiques que j'aimais ? Y-en avait-il vraiment un ? Le boucan d'un Sunn O))) me donnait l'impression de porter la même flamme que les riddims du jamaïcain Lee Perry qui elles-mêmes ne me semblaient pas totalement étrangères aux manipulations du Velvet Underground, de Can, de Coil, du musicien concret Luc Ferrari, de certains Tom Waits et Merzbow et tous ces trucs industriels, rock psychédélique, post-punk, et même de certaines oeuvres techno un peu tordues. J'y retrouvais la même chose, ou si l'on préfère je les aimais pour la même raison encore informulée. Etait-ce la manipulation du Son qui leur tenait lieu de point commun ? Leur manière de se distancer de la pop musique la plus mélodique ? Ou l'indépendance en tant qu'artistes de leurs auteurs, leur refus plus ou moins clair de l'académisme ou même des modes ? Non, rien de tout cela n'était très probant, il y avait autre chose, autre chose de plus excitant… J'ai fini par avoir cette illumination dont je ne savais pas encore si elle faisait vraiment sens ou non : tous ces artistes cherchaient à leur manière à se confronter au chaos. Ma discothèque était pleine à ras bord de ce qu'on pourrait alors appeler des chaosphonies.

Et j'ai ensuite réalisé que de vieux ancêtres comme Louis Armstrong ou Billie Holiday avaient en leur temps porté exactement la même flamme. D'autres noms me sont venus, une véritable avalanche. Et j'ai fini par décider de formuler un peu rapidement une sorte d'axiome : ce désir de chaos est peut-être bien le principal moteur de transformation de la pratique musicale occidentale du vingtième siècle ou pour le dire autrement, l'absolu poétique numéro un des musiciens (du moins des bons).

J'ai alors commencé à réfléchir aux implications et aux enjeux esthétiques de cette manière de penser les choses, j'ai commencé à réfléchir un peu au pourquoi et au comment de ce phénomène de chaosphonies : de quelles tactiques usent les musiciens pour approcher le chaos ? Et pour quelles fins ?

Voici le résultat de mes travaux. Il ne contient ni physique des attracteurs étranges ni mathématiques de la fameuse théorie du chaos. Ce n'est pas non plus un livre de musicologie, ni tout à fait un livre d'histoire de la musique, ni vraiment un livre de théorie de la noise.

Mais plutôt une méditation musicale sur… Non, pas de spoilers.

Le véritable sens de cette poursuite du chaos n'est bien entendu révélé qu'à la fin.

chaosphonies.ollendorff-et-desseins.com

18 janvier 2016

Des bienfaits de l'assistanat

Ball's Pyramid
Ball's Pyramid

Un populiste comme on sait si bien les fabriquer par ici (une cuiller en argent pour l'enfance et les bonnes écoles rive gauche pour la formation du caractère) s'est fait depuis quelques années le contempteur madré de l'assistanat dont se repaîtraient ses compatriotes étonnamment moins fortunés que lui. Il est peut-être même le concepteur de ce mot, fait pour mépriser.

Mais oublions ce triste sire.

Dans l'apologue raconté ici (c'est en anglais), j'ai entendu une tout autre musique. Sans mépris. J'ai pensé que, peut-être, Nietzsche aurait aimé trouvé assistance sur cette pyramide de Ball plutôt qu'en une clinique de Bâle. Mais évidemment, on s'égare complètement.

Ne manquez pas la vidéo, pour le coup très nietzschéenne, en fin d'article.

Source : Six-Legged Giant Finds Secret Hideaway, Hides For 80 Years

16 novembre 2014

Le hipster est un mouton comme un autre: illustration de la pensée statistique

La pensée statistique me paraît pleine de merveilles, très vite incompréhensibles, mais merveilleuses tout de même. Lorsqu'elle s'illustre au travers d'exemples bien choisis, elle prend une saveur tout à fait unique.

Via une notule sur Slashdot (The Math Behind the Hipster Effect), je suis tombé sur une telle illustration savoureuse, portant sur le paradoxe de l'atypicité typique, c'est-à-dire partagée par beaucoup, et la figure si ridiculement lamentable du hipster : The hipster effect: When anticonformists all look the same. Et si je n'ai pas tout compris, j'ai tout de même bien ri. Cela m'a rappelé la communication savante Cantatrix sopranica L. rapportée en son temps par Georges Pérec.

Voici le début de cette communication savante (et très vite incompréhensible) :

Hipsters avoid labels and being labeled. However, they all dress the same and act the same and conform in their non-conformity. Doesn’t the fact that there is a hipster look go against all hipster beliefs? This perspicacious observation of the blogger Julia Plevin in 2008 proves true along the years, and 2014 hipsters all look alike, although their look progressively evolves. The hipster effect is this non-concerted emergent collective phenomenon of looking alike trying to look different.


(image reprise de www.balkanforum.info)

9 juillet 2014

Sampling Detroit on France Culture

France Culture — Les matins d'été — 9 juillet 2014

Le page propre à l'émission se trouve ici.

Intervention de Pierre Evil sur la musique à Detroit. L'occasion d'entendre le Detroit Sampler, par son auteur, même. La séquence débute vers 96:53.

Le détail sur cette publication des éditions Ollendorff & Desseins est à découvrir sur cette page.

27 mai 2014

A Song For Europe

Au lendemain de la performance qu'on sait de l'équipe de France de vote protestataire, il est bon de retrouver un peu du flegme si soigné de Roxy Music, A Song For Europe (1973), ici dans une version de concert de 1979.

10 mars 2014

Detroit Sampler - Pierre Evil

Detroit Sampler, de Pierre Evil, éd. Ollendorff & DesseinsDETROIT SAMPLER en librairie le 20 mars !

Depuis les big bands jazz des folles années de la Prohibition et les chants ouvriers des usines champignon de Henry Ford jusqu’à la techno légendaire des ruines d’une cité à demi désertée, on y retrouve entre beaucoup d’autres le blues de John Lee Hooker, la machine à tubes Tamla Motown, Marvin Gaye, le rock révolutionnaire des MC5, la sauvagerie d’Iggy Pop, le funk futuriste «funkadelic» de George Clinton, les hymnes électroniques de Juan Atkins, de Carl Craig et de Jeff Mills..

Pierre Evil est critique subculturel, blogueur émérite et auteur (Gangsta Rap, Flammarion). 

La presse du midi a aujourd'hui parlé de lui. Pierre Evil serait un pseudonyme ? Mais alors que dire de Théo Lessour ?

Detroit Sampler — 530 pages (!) — 19 euros  - Disponible en prévente sur notre site dédié.

 

13 février 2014

Suave internement

Le pays du sourire, notre horizon indépassable.Un jour, certainement, nous ne périrons plus. La raison en étant que, le champ s'étant tellement rétréci, il n'y aura tout simplement plus moyen. Développons.

Vous êtes certainement tombé(e), comme moi, sur ces exercices de prospective heureuse qui cherchent à vous servir sur un plateau la justification de tout ce qui advient, en particulier lorsque cela advient de Californie — qui est le nom d'une contrée mythique comme chacun sait. En voici un exemple que je lisais ce matin (en peignoir de bain, cela va sans dire) : Pourquoi mon peignoir connecté peut-il me rendre meilleur chaque matin ? Il s'agit d'une courte saynète illustrant les comportements d'après-demain comme on aimait les imaginer dans les années 50 et 60 (les filles évidemment habillées en Courrèges et les garçons en peignoir donc, à la James Bond, cela va de soi). Mais l'imagination, c'est comme tout, ça vieillit mal et ça empire avec ça. (Je n'arrive pas à croire que l'auteur n'use pas de second degré, mais je n'arrive pas non plus à étayer ma position.)

L'intérêt de cet article de circonstance provient avant tout des tours que prend l'idéologie dominante pour asseoir sa domination. Et je n'entends chagriner personne avec des remontrances de Père Fouettard anti-capitaliste, même s'il est évident que tout concourt à cette fin. Je me demande si le repérage de ces traces de la domination fait encore partie des exercices de rhétorique qu'on enseigne à l'école. Le présent exemple serait un exercice utile, amusant et accessible à tous.

C’est dans sa capacité à accompagner l’usage naturel, sans le perturber, que l’objet connecté tire sa première valeur. (L'auteur en énumère trois : usage naturel, apprentissage quotidien et design facilitateur.)

On parle ici du Web des objets, c'est-à-dire la mise en relation (la connexion) de capteurs associés à des objets physiques (au premier rang desquels votre corps). La mise en relation de tous ces capteurs (vos déplacements, vos rythmes cardiaques, vos habitudes de consommation alimentaire, vos retraits d'espèces, vos interactions sur Internet, le nombre de mots de votre vocabulaire, que sais-je) vise à normaliser les individus et leurs comportements. Au sens propre du terme, elle vise à modéliser ces comportements, pour les rapprocher toujours plus d'une offre, elle, parfaitement modélisée, de consommation toujours plus normalisée, c'est-à-dire appauvrie. Le spectacle-marchandise absorbe peu à peu son spectateur. C'est en cela qu'il devient difficile de dépérir.

Dans un retournement classique, l'usage naturel (Jean-Jacques, on te demande !) vient justifier l'usage artificiel induit par le produit : puisque je me lève le matin, autant que cela devienne l'occasion d'une compétition avec moi-même ou avec mes clones. Mais avec naturel, tact et discrétion. Sans perturber le sujet. Tout est là, et l'auteur a bien raison : il ne faut sous aucun prétexte perturber ce sujet. Il faut l'accompagner, du berceau à la tombe, sur la voie naturelle et rendre cette voie toujours plus évidente, toujours plus rassurante. C'est la voie de tous, du même berceau à la même urne funéraire, avec ce petit grain de folie palpitante qu'entretient la compétition et qui fait que le sujet se distinguera d'un (autre ?) sujet en ce qu'il lui est le plus identique possible.

L’objet connecté ne doit pas être un frein, il doit valoriser son utilisateur.

Le naturel capté crée de la valeur. Parbleu ! Ce n'est certainement pas M. Jawbone qui nous dira le contraire. Mais c'est jouer vilainement sur les mots de laisser croire qu'un peignoir (un smartphone, un pèse-personne, un réfrigérateur, un GPS ou tout autre mouchard à votre convenance) va me valoriser. La valeur qu'il crée, c'est la valeur qu'il me soustrait, dont il me détrousse sournoisement et qu'il apporte en butin à son maître par diverses portes dérobées. Une captation de valeur, oserais-je, comme on sait le faire d'héritages. Et que le bénéficiaire se nomme Jawbone, Apple, Google, la Direction des Impôts ou la NSA, c'est en fait tout un. Ici, la multiplication des marques n'est jamais qu'un leurre masquant la poursuite d'une stratégie intelligemment partagée.

Notons du reste que la question de savoir qui capte quoi et à quelles fins n'est aucunement abordée dans l'article. Ce n'était pas le sujet. On s'en serait douté : il s'agissait plus prosaïquement de devenir meilleur. De se faire siphonner et de tendre l'autre joue.

James Bond & André Courrèges
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En 1988, Guy Debord publiait ses Commentaires sur la société du spectacle (Éditions Gérard Lebovici, Paris) lesquels actualisaient, vingt ans après, les analyses de 1967. Il est assez remarquable de constater que ces actualisations gardent encore, vingt ou quelques nouvelles années après, toute leur pertinence dans un contexte pourtant passablement bouleversé. «: Le changement qui a le plus d'importance, dans tout ce qui s'est passé depuis vingt ans, réside dans la continuité même du spectacle. Cette importance ne tient pas au perfectionnement de son instrumentation médiatique, qui avait déjà auparavant atteint un stage de développement très avancé : c'est tout simplement que la domination spectaculaire ait pu élever une génération pliée à ses lois. » (p. 17). Le moins qu'on puisse dire est que les instruments médiatiques se sont encore perfectionnés. Mais nous en sommes désormais à la seconde génération élevée au même lait.

La photo du modèle de Courrèges est tirée de ce post de blog. Celle de Sean Connery en peignoir de ce site.

L'affiche de l'opérette (que je ne connais pas, mais que je découvre grâce à l'extrait édifiant ci-dessous daté du 9 janvier 1941) provient d'un site de ventes aux enchères.


13 février 2013

Déambulation

Au gré d'une session :

Je ne sais plus trop ce que m'évoque la déclamation de Deleuze — des films ? un opéra rock ? — mais j'ai une petite faiblesse (coupable, évidemment — mais qui n'est pas coupable de nos jours ?) pour ces ultimes tentatives collectives, qui closent le XIXe siècle et, rétrospectivement, nous donnent à voir la béance qu'a ouverte le XXIe.

(Non, je ne crois pas à la théorie qu'il y a eu un XXe siècle. Mais ce serait un peu long à développer ici.)

Anyhow, long live Pinhas.

P.S. — Le volume 1 du Deleuze & Guattari au Sens figuré est toujours disponible. C'est ici. Et, non, le volume 2 n'est toujours pas paru. Mais tout vient à point à qui sait… À qui sait, voilà.

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