18 novembre 2011

Où l'on apprend qu'il peut être très honorable de se prendre un râteau

Xavier Gorce - Les indégivrables - Le Monde, 12 nov. 2011

(Xavier Gorce - Les indégivrables - Le Monde, 12 nov. 2011)


2 novembre 2011

Éditeur, éditeur, fais-tu bien ton métier ?

 

XKCD - Alternative Literature

La théorie du complot est partout.

(Say, guys, are we that greedy?)

Crédit strip : XKCD

14 janvier 2010

Des causes premières et de certaines conséquences

La vérité éclate enfin. Remercions-en un récent et savoureux billet sur Evene.

Evene - Lego / Playmobil

Celles ou ceux qui n'en comprendraient pas toute la portée soient honni(e)s à jamais ! On parle ici de philosophie première, et premièrement de l'alternative qui s'est présentée à chacun de nous comme une très lourde énigme soulevée par la sphynge : Lego or Playmobil?

(Et que dis-je “OR” ? — “XOR”, oui !)

Cet après-midi, nous fûmes sur le point de nous prendre au collet. Ça sentait la cour de récré. Avec tous les enjeux insoupçonnés qui s'y accumulent. La philosophie à l'estomac. Rien de moins.

Lego vaincra !

9 septembre 2009

Twitter m'a tuer

Oui, c'est totalement idiot, cette manie compulsive de faire savoir sur l'heure — sur la seconde — à d'autres ce qu'on vient soi-même à peine de découvrir — ce qu'on n'a pas eu soi-même le temps de digérer; ni même souvent de lire… Impérialisme du buzz. (À vue de nez, Kant n'aurait sans doute pas ouvert de compte Twitter ou assimilé : qu'y a-t-il de plus anti-critique qu'un tweet — de plus mièvre finalement ?)

Donc, je mièvrise à mon tour :

Lu dans une newsletter cette annonce d'un hyperlivre chez Robert Laffont. Je ne sais pas de quoi est faite la chose, mais c'est peut-être une piste intéressante à explorer. Pour nous. Pour Le sens figuré. C'est sûrement une configuration propice à tous les détournements ! Avec quel penseur pourrions-nous nous y frotter ? Leibniz ? Le Cercle de Vienne ? Damascius le diadoque ?

2 septembre 2009

Peut-être

Picasso, Compotier et mandoline sur un guéridon (08/07/1920), Paris, musée Picasso« De ce que, à moi ou à tout le monde, il en semble ainsi, il ne s'ensuit pas qu'il en est ainsi. »

— Ah, certes…
— …
— Oui, il nous semblait que… Enfin… Il nous semblait que…
— Oui ?
— Non… Comme ça… de loin… on aurait pu penser… on aurait pu dire…
— Je vous trouve bien sûr de vous tout à coup…

À vrai dire, Wittgenstein poursuivait aussitôt :
« Mais ce que l'on peut fort bien se demander, c'est s'il y a sens à en douter. »

Vertige (de l'amour, évidemment). Mais nous tenons bon. Le sens figuré accepte le doute, le défi du doute. De ce qu'il semble ne rien se passer, il ne s'ensuit pas qu'il en est ainsi. Le rivage des Syrtes nous l'avait appris. Sans même parler de L'innommable.
Patience, donc.

♦ Wittgenstein, De la certitude, § 2, trad. Jacques Fauve, Gallimard, coll. Idées. Repéré ceci pour qui voudrait éplucher l'original allemand (ah, ces Russes !).

8 octobre 2008

Tromperie de la renommée (vous êtes trop bien embourbés)

Jacques Callot - Le duel à l'épée et au poignard (1621-2)Débat du moment : du critère distinctif de la collection — en l'occurrence la collection Le sens figuré —, et s'il faut le chercher (le voir, le découvrir, l'identifier) dans la forme que prennent les livres de la collection ou dans le fond(s) qu'explorent ces livres. Débat délicat. Débat dont on comprend bien qu'il n'a d'autre issue acceptable qu'un duel à l'aube d'un matin d'hiver, possiblement à Berlin.

(Tout sera expliqué en son temps.)

Un petit éditeur n'existe que par sa force de conviction. Celle-ci n'opère que pour autant qu'elle trouve à s'appliquer. Sur des lecteurs, donc. Mais, avant cela, sur ces acheteurs que sont ces lecteurs. Si l'on excepte les éditeurophiles toujours prêts à acquérir toutes les productions du moment (sur notes de frais j'imagine), l'acheteur n'a en général pas la bourse infinie : il va choisir. Plusieurs cas de figure sont à envisager, mais nous allons simplifier. (En ces temps décervelés, je ne connais pas de propos public qui ne se recommande de la simplification. C'est cohérent, somme toute.)

1/ Il sait, ou plutôt sait à peu près, ce qu'il veut. Approche par le fond.
Comme pour une recherche sur le Web, la question est celle de la pertinence de notre offre par rapport au mot clé envisagé, mettons le nom d'un philosophe. Nous offrons l'un des possibles : comment va s'opérer le choix ? Voici trois, cinq, dix, vingt introductions à Descartes : comment vous déciderez-vous ? (Tiens, j'aurais plutôt dû prendre l'exemple d'un Pascal.)
Réponse : par adéquation de l'offre à votre demande, vraisemblablement par éliminations successives. Le nom du commentateur (il rassure), celui de l'éditeur (il a de la bouteille), de la collection (ils ont déjà fait un Husserl qui m'avait bien plu). La quatrième de couverture (ah, voilà qui me paraît répondre à la question). Le prix (c'est dans mes cordes). L'objet lui-même (séduisant, maniable, ni trop gros, ni trop ridicule, convenant à mon standing et à ce que je veux bien révéler de moi en le posant négligemment sur la table à la terrasse d'un café).

2/ Il ne sait pas ce qu'il veut (mais veut justement ce qu'il ne sait pas). Approche par la forme.
Comme le Web ne parvient pas encore très bien à le simuler, la question est celle du vagabondage dans les étals, mettons ceux des sciences humaines, parce que vous vous dites ce jour-là : « Tiens, et si je m'achetais autre chose qu'un polar (un Amélie Nothomb, un Houellebecq, un BHL, un Marc Levy…) aujourd'hui ? » Notre possible — cet exemplaire de la collection Le sens figuré — n'est plus un élément dans un ensemble fini. Ce n'est pas non plus une probabilité au sens strictement statistique : c'est justement le probable de ce geste d'aller chercher une bille au fond d'un sac (qui en contient de nombreuses) : comment exécuterez-vous ce geste ?
Réponse : par la formulation d'une demande face à l'offre, vraisemblablement par un bel effet de Gestalt. Là encore pour retomber sur l'objet lui-même, à partir duquel bien évidemment se recomposeront toutes les chaînes de motivation du choix : « Mais oui, quelle bonne idée qu'une introduction à Descartes ! On en dit tant de mal, ça doit forcément être bien. Et puis la tête de Vicky quand elle verra que je suis prêt à claquer le prix d'une paire de chaussettes GAP dans un livre de philo… Et puis, les images… c'est bien la première fois qu'on me donne autre chose à faire que lire ! »

— Et où voyez-vous l'exclusive entre ces deux approches caricaturales ?
— Nulle part, croyez-le bien. Le point est simplement d'évaluer nos chances dans l'un et l'autre scénarios. Plus précisément, il est de savoir si nous devons nous déterminer par rapport à l'un ou l'autre de ces scénarios, et donc si nous devons construire la collection Le sens figuré en conséquence.

Je crois que nous nous défendrons honnêtement dans le cas 2. Ces livres sont en effet plus que des initiations à des philosophes. Les illustrations et leur raison d'être sont intrigantes ; les livres sont beaux ; nous avons Dieu et le Roi pour nous. Dans le cas 1, malgré Dieu et le Roi, l'issue est plus incertaine. Pour l'emporter, il me semble, à la réflexion, que nous devons fonder une réputation en explorant les espaces laissés en friche par les confrères, particulièrement les plus gros d'entre eux : nous ne deviendrons crédibles (le choix préférentiel de l'acheteur) sur les plus grands noms de la philosophie (entendez : ceux qui drainent le plus grand nombre de commentaires, ceux qui engendrent les plus gros chiffres d'affaire) que si nous faisons nos preuves sur des noms injustement délaissés ou oubliés.

— Jean-Paul Sartre ou Saint Anselme ?
— Damascius ou Bergson ?
— Kant ou Jacobi ?

Ah, évidemment, il faut trouver les commentateurs qui sauront revisiter audacieusement ces noms de deuxième rayon ! Une ambition : tordre le cou aux admirations béates. (Qui se souvient de la Théorie de la contradiction de Badiou ?)

(Oui, et pourquoi Berlin, l'hiver, le duel ? — Parce que c'est le sens de l'histoire. Figuré, bien sûr : les coups ne sont pas mortels !)

23 septembre 2008

Du blanchet et de sa propr[i]eté

Procédé offset

Du blanchet, je n'avais jusqu'à ce jour moi non plus jamais entendu parler.

Or il s'agit d'un élément sensible dans les procédés modernes de fabrication d'un livre : il s'agit de ce qu'en jargon contemporain on appelle une interface. Le blanchet, dans le procédé offset, c'est l'interface entre l'image de la page à imprimer et le papier. « Son rôle est d'épouser les formes d'une plaque, puis d'un papier, sur une machine offset, de manière à récupérer le plus fidèlement possible des informations et à les retransmettre correctement le plus longtemps possible[*]. »

C'est une interface, c'est-à-dire que c'est un intermédiaire, comme on l'est quand on joue au téléphone arabe. L'image de la page émet une information (voici la page à imprimer) ; le papier reçoit une information (voici la page imprimée) ; mais seul le blanchet peut dire — sait — si la page imprimée est bien la page à imprimer. Or parfois le blanchet se trouble. Non pas qu'il mente, non (de ce que nous avons observé, nous n'avons pas imprimé autre chose que ce que nous voulions imprimer), mais parfois le blanchet s'emmêle les pinceaux. Lui aussi — parfois, n'est-ce pas, je dis bien parfois seulement… — prend sa femme pour un chapeau. Ou bien est victime du malin génie.

Donc il se produit parfois que des pages imprimées invoquent d'autres pages imprimées (je ne parle pas des citations). Ces invocations se font en général sur un mode murmurant, diaphane, pour tout dire fantomatique : si elles peuvent être incantatoires (très rarement), elles sont le plus souvent subreptices, à tel point que, feuilletant des exemplaires l'un après l'autre, il arrive un moment où l'on ne sait plus si l'image fantomatique de l'autre page sur la page est imprimée sur la page ou sur cet autre blanchet qu'est notre rétine. Alors on en vient à élaborer un seuil. Un palier en-deçà duquel on estime que les fantômes ne nous feront plus peur. Ce qui ne signifie aucunement que l'autre page ne soit plus là ; mais si elle est là, nous ne la voyons pas. Et comme n'importe quel enfant vous le confirmera, ce qu'on ne voit pas n'existe pas.

Il y a donc de la blanchetite dans l'air — traces chez Spinoza et traces chez Foucault. Mais (sur le ton d'un directeur de cabinet préfectoral :) les zones contaminées sont désormais confinées. Nous proposerons donc au public des Spinoza sains et des Foucault saufs.

(Évidemment, il y aura bien quelques exemplaires collector en circulation : nous n'allions pas nous priver d'un si puissant levier de communication mercatique ! Pour reconnaître ces exemplaires, c'est très simple : ce sont ceux illustrant le probable défaut d'un « gonflement total ou partiel du blanchet dû aux solvants de nettoyage ou aux solvants des encres » utilisés. Encore faut-il identifier les pages… et là, ne comptez pas sur nous !)

[*] Un grand merci aux explications fournies dans ce lumineux dossier sur le blanchet.

16 septembre 2008

Renforcement de l'équipe Accompagnement et Boosting de la Clientèle (ABC)

HLM suit le clientBienvenue à Henri-Loup Mercader dans l'équipe ABC !

HLM nous fait profiter de sa déjà longue expérience en suivi de clientèle, puisqu'il a exercé dix ans durant la fonction de collecteur des recouvrements d'impayés au sein de nombreux cabinets d'huissiers réputés (Grande Lorraine, Forêt Noire Réunie, Brandebourg & Passementerie).

Aussitôt installé à son poste, HLM a pris les devants et décroché son téléphone. C'est un exemple pour la société.

27 novembre 2007

Sur mes cahiers de comptable, Philosophie, j'écris ton nom

Filosofo, ton goût sucré vaguement vulgaire et ostentatoire n'est pas sans attrait.

Ce qu'il y a aussi d'amusant et d'inévitable dans une telle aventure, c'est qu'on est forcément ramené à des croisées de chemins d'il y a bien longtemps. Ainsi de la croisée entre valeur (p.ex. du travail) et désir (p.ex. de l'objet manufacturé) ; ainsi de celle entre idée (p.ex. le thème d'un ouvrage) et persuasion (p.ex. le lectorat [quel mot vraiment bête]). Bref, dans cette aventure, il est aussi question de mise en valeur, comme à l'étal du primeurs (ou à celui des balconnets).

Il sera donc aussi question de marketing, de travail du marché.

Il sera donc question de propagande. De slogans. De formules — simplificatrices, mais c'est le prix à payer pour rendre le message « audible » comme on dit à l'UMP où l'on pratique son Staline bien plus consciencieusement qu'au PC (évidemment : que reste-t-il comme conscience au PC ?).

Il faudra matraquer. Il faudra se faire une place au soleil du ROI. Il faudra susciter le désir de soi. Il faudra s'afficher, donc s'attifer. Il faudra éblouir. Il faudra donc pérorer. Une sorte d'inattendu mélange entre le Solal de Cohen et Perelman — mais, à vrai dire, s'agit-il de deux individus si différents ? Nous aurons pour nous cette ironie un peu amère de celui qui, marchant, se regarde marcher, et, fatiguant, se défait pareillement de sa fatigue, en l'épaulant d'où il se trouve. Évidemment, cette ironie ne paie pas. Ni de mine, ni d'argent. Cela toutefois ne regarde que nous. Nous saurons rester persuasifs.

Bref, il nous faudra imiter ce Philosophe espagnol, fort sage dans ses exportations et imprimer notre marque sur tout ce qui bouge ! Au reste, l'un des avantages du sens figuré, c'est qu'il est récursif : nous trouverons toujours à figurer le sens là où on ne l'attendait pas. « Mangez donc des tangors ! » comme disait l'autre.

6 novembre 2007

Contrepenseurs, méfiez-vous des contrefaçons !

Première règle —
(Car il y a des règles sinon il n'y a pas de langue, pas de forme — il y a, on suppose, on pose qu'il y a de la règle, de la régulation ; il y a de la régularité, il y a une orientation, il y a un orient ; il y a un soleil qui se lève à l'orient ; il y a qu'on reconnaît, d'abord, l'orient ; il y a qu'on commence, d'abord, par revenir ; il y a, d'abord, qu'on recommence.)

Première règle : l'esprit du temps, le sens de la pente, la veulerie.
La compromission, les idées reçues. Michaux : « Tu n'auras pas assez de toute une vie pour désapprendre. » Se laver. Règle première donc, l'hygiène, l'altitude. N'emprunte pas la voie commune : elle est encombrée et tu serais distrait par son encombrement. (Simplifier, épurer, élaguer ; il y en a toujours trop.)

Répondre à des problèmes actuels, oui, mais choisis-les bien : ils t'accompagneront longtemps et ne doivent pas te décevoir, ce doivent être des problèmes à ta hauteur, et autant n'avoir pas à en rougir aussitôt. (J'ai pour ma part beaucoup de mal à admettre la désinvolture avec laquelle Benny Levy ou, toutes proportions gardées, Phillippe Sollers, par exemple et entre cent autres, reconsidèrent leur passé, non pas qu'il serait interdit de se tromper, Dieu me garde, — et je ne dis même pas qu'ils se sont trompés, je dirais plutôt qu'ils se sont employés à nous tromper, — mais par le discrédit que cette désinvolture jette tout à coup sur ce à quoi, après, ils ont bien voulu accorder leur attention &mdash, prolongeant ainsi une ère du soupçon bien au-delà de leur époque et nous empêtrant nous aussi dans des contradictions dont nous aurions pu nous passer.) Le support de la question — du problème, comme tu le dis — me semble assez anodin, par rapport à la question elle-même, par rapport au lieu de la question. Comme on le disait naguère : d'où parles-tu, camarade ? Qu'on s'appuie sur tel ou tel pour répondre, qu'on cite tel ou tel, a certes son intérêt, mais gardons-nous des révérences vaticanes envers les auctoritates.

Apprendre à lire les énoncés de pouvoir là où ils sont. Oui, mille fois oui. Il faudra débusquer. Il y a de la chasse à courre dans tout ça, donc de l'excitation, de l'émotion, de la sueur et de la peur (sans parler des chiens).
Mais le pouvoir ne parle pas toujours. Le pouvoir le plus puissant n'énonce rien, n'a pas besoin d'énoncer : il se contente de s'imposer. C'est celui qui te fait admettre, à tout instant, à tout propos, une thèse (une thèse, je veux dire un mot, un geste, un visage, un parfum, une idée, une citation, un portrait) sans la contredire, c'est-à-dire sans la soupeser, sans lui trouver un écho, un contrepoint. Ce pouvoir-là est très puissant en effet ; c'est celui qui fige l'enchaînement des causes et des effets, c'est celui qui dit qu'il n'y a pas de règle et que tout est possible — et tout étant possible, il est ainsi clair que l'impossible restera bien à l'abri. Est-ce à dire que nous en resterions à une posture immobile, neutralisée dans son appréciation des choses et de leurs contraires ? Je ne crois pas, mais avant d'enfourcher nos fières Rossinantes, sachons reconnaître les embûches, sachons lever les lièvres, et sachons tirer à bon escient.

Pour les autres règles, on verra plus tard.

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