Hegel, Edouard BaribeaudJ'aime retrouver dans cet instantané de Hegel une réminiscence de Montand dans L'Aveu. Une sorte de terreur froide ; le totalitarisme des pays de l'est aujourd'hui oublié et qui visait sans doute aussi cette « paix civile » que vise l'ordre social hégélien.

Mais le propos n'est pas à l'amalgame. Les larmes de Hegel est un essai — d'empathie, dirons-nous. Empathie pour le développement de la pensée de G.W.F. ; pour son articulation autour de l'absolu — encore qu'il paraisse assez inapproprié d'évoquer un « tour » de l'absolu, disons alors avec Badiou sa « proximité » avec l'absolu ; pour son face-à-face avec la contradiction — avec le négatif.

Olivia Bianchi et Édouard Baribeaud dialoguent ici avec un Hegel plus conciliant qu'on l'imagine, mais plus intriguant peut-être aussi : on arpente de vastes architectures logiques, mais quelque chose cloche — la perspective s'avère faussée, l'écho de nos pas ne résonne pas comme il devrait, l'ombre n'indique pas exactement la source de la lumière ; ce que l'on croyait un simple contrôle des connaissances se révèle à l'usage un exercice d'auto-critique inattendu : ai-je perçu ce travail du négatif à l'œuvre en moi pour ce qu'il était ? — le modèle qui m'assimile au genre humain et tout autant m'en abstrait sans retour. Le propos que je crois authentique — genuine disent les anglophones — et qui se déplie en une citation mille fois ressassée.

La perplexité est de mise, et tel était bien l'objectif, avec son corollaire : fouiller, aller de l'avant, reconnaître le questionnement dans l'apparente réponse — écouter, regarder, s'inquiéter (ne pas s'en inquiéter).

Les larmes de Hegel, écrit par Olivia Bianchi et dessiné par Édouard Baribeaud, est le septième titre de la collection. À paraître au printemps 2011. Nous sommes fébriles.